
Il est des écoutes que l’on prépare méthodiquement, avec une sélection précise de morceaux, un carnet à portée de main et l’intention d’analyser chaque paramètre du système.
Et puis il y a les autres. Celles qui commencent en fin de journée et se prolongent bien au-delà de l’heure prévue. La lumière décline, la pièce d’écoute s’assombrit, les électroniques disparaissent peu à peu dans la pénombre… et l’on cesse progressivement d’écouter le matériel pour n’entendre que la musique.

C’est dans cette ambiance nocturne que nous avons découvert l’ensemble Serblin & Son Frankie, composé du préamplificateur Frankie hybride.net à tubes et de deux amplis de puissance Frankie Monoblock . Une configuration aussi élégante que singulière, associée pour l’occasion aux imposantes Mulidine Hildegarde. C’est d’ailleurs en passant chez Mulidine récupérer une paire de Da Capo, que Stephane Catauro m’a fait découvrir et écouté le petit intégré « tout en un ». Une écoute rapide mais très plaisante et sans prise de tête associée aux Alma. De retour en région parisienne, direction Tecsart chez Armando qui a eu la gentillesse de me confier quelques semaines et que je remercie chaleureusement pour cette belle découverte.
Le mot qui s’est rapidement imposé pour résumer cette écoute est simple : chantant.
Pas démonstratif. Pas spectaculaire au sens artificiel du terme. Chantant, parce que la musique semble couler avec une fluidité et une évidence rares.
Une écoute qui se libère à mesure que la nuit tombe

Les premières minutes sont toujours consacrées à la prise de repères. On écoute l’équilibre général, la position des interprètes, l’extension du grave, l’ouverture de la scène sonore. On cherche à comprendre ce que fait le système.
Puis, très vite, l’analyse s’efface.
L’ensemble Frankie ne semble pas chercher à attirer l’attention sur un registre particulier. Il ne projette pas les détails au premier plan et ne souligne pas artificiellement les contours. La musique avance avec naturel, portée par une restitution à la fois fluide, transparente et intensément vivante.
Les voix possèdent cette capacité à se détacher de la reproduction sans jamais devenir insistantes. Elles respirent, conservent leur grain et leur incarnation. Les instruments acoustiques trouvent leur place avec beaucoup de justesse, tandis que les réverbérations s’éteignent progressivement dans l’espace au lieu d’être brutalement interrompues.
À mesure que la nuit s’installe, on augmente légèrement le volume. Non pour obtenir davantage d’impact, mais parce que l’écoute y invite naturellement. Cette envie de poursuivre, de passer d’un album à l’autre et de redécouvrir des enregistrements connus constitue souvent l’un des meilleurs indicateurs de la valeur musicale d’un système.
En cherchant sur le net, Fabio Serblin évoque d’ailleurs le système idéal comme celui qui permet de visualiser la scène sonore, de suivre chaque instrument et donne envie d’écouter plus fort pendant des heures. Une philosophie qui correspond parfaitement à l’expérience vécue avec cet ensemble Frankie. Dans un entretien consacré à son parcours, il rappelle que l’émotion ne peut pas être fabriquée par un appareil : l’électronique sert plutôt de déclencheur, permettant à l’auditeur de renouer avec des sensations déjà présentes en lui.
Une certaine idée de la beauté italienne
Difficile de parler de Serblin & Son sans évoquer l’Italie.

Non pas comme un simple argument d’origine, mais comme une manière particulière d’associer la technique, la matière et l’émotion. Le châssis en aluminium, les flancs en bois, les proportions basses et élégantes ainsi que la sobriété de la face avant donnent immédiatement à l’ensemble une identité forte. Je ressens un vrai effort de design et c’est très séduisant. Les appareils plaisent beaucoup à Madame ( WAF validé).
Les appareils sont beaux, mais leur dessin ne cherche jamais l’effet gratuit. Les deux blocs mono reprennent ainsi les commandes caractéristiques de l’amplificateur intégré Frankie, transformées en interrupteurs tactiles afin de préserver l’harmonie visuelle de la gamme.
Cette élégance se retrouve dans la restitution. Le son est « joli à l’italienne », à condition de ne pas confondre beauté et enjolivement. L’ensemble Frankie ne maquille pas les enregistrements et ne les enveloppe pas systématiquement d’une chaleur flatteuse. Il leur apporte plutôt une forme de continuité, une qualité de phrasé et une richesse harmonique qui rendent la musique immédiatement accessible.
La beauté ne vient donc pas d’une coloration ajoutée, mais de la manière dont les timbres, les nuances et le rythme restent liés entre eux.
Un véritable préamplificateur hybride à tubes
Au centre du système se trouve le préamplificateur hybride Frankie. Son étage ligne fait appel à des doubles triodes 6DJ8 montées dans une topologie SRPP symétrique, associées à un dispositif actif à MOSFET. Le circuit fonctionne sans contre-réaction globale et bénéficie de quatre alimentations séparées et régulées à partir de composants discrets.
Ce choix technique contribue probablement à cette sensation de liberté et de respiration. Le tube ne semble pas ici utilisé pour ajouter artificiellement de la rondeur ou produire une caricature de « son analogique ». Il intervient au service de la fluidité, de la richesse des timbres et de la continuité musicale.
Le contrôle de volume repose sur un atténuateur conçu en interne par Serblin & Son. Des résistances fixes sont commutées par relais, selon un fonctionnement en shunt. Personnellement les cliquets lors des montées ou descentes de volume m’amusent ( peut-être qu’à terme je réagirait différemment ?). Cette solution vise une meilleure précision entre les canaux et une plus grande transparence qu’un potentiomètre traditionnel.

Le préamplificateur propose deux entrées ligne XLR, deux entrées RCA, ainsi que des sorties XLR et RCA. Selon la configuration choisie, il peut également recevoir une carte phono MM/MC ou une entrée RCA supplémentaire. La version Hybrid.NET intègre un module de lecture réseau compatible notamment avec AirPlay, UPnP/DLNA, OpenHome et Spotify Connect, jusqu’à 24 bits/192 kHz (pas Roon dommage). Ce genre de produit combinant entrées lignes , phono et streamer internet est assez rare poru saluer cette possibilité même si un streamer et dac externe sur cette version permettra d’en tirer davantage.
Une construction réellement symétrique
La présence de connecteurs XLR ne suffit pas à faire d’un appareil une électronique symétrique. Dans de nombreux produits, le signal reçu sur l’entrée XLR est rapidement reconverti en asymétrique avant de poursuivre son chemin dans un circuit traditionnel.
L’ensemble Frankie adopte une approche autrement plus cohérente.
Le préamplificateur utilise un véritable circuit de triodes SRPP équilibré. Chacun des blocs mono est lui aussi construit autour d’une architecture symétrique : les deux canaux stéréo issus de la topologie originale du Frankie intégré deviennent les deux moitiés complémentaires d’un amplificateur monophonique équilibré.
Autrement dit, il ne s’agit ni d’un simple habillage doté de prises XLR ni d’un amplificateur stéréo brutalement ponté.
Serblin & Son a redimensionné le transformateur et adapté la proportion entre tension et courant afin de répondre aux contraintes spécifiques de cette utilisation monophonique. La marque précise que cette conception évite les limites d’un pontage conventionnel, susceptible de fournir beaucoup de tension mais un courant plus limité.
Cette construction véritablement symétrique s’entend moins comme un « effet » immédiatement identifiable que comme une impression générale de silence, de stabilité et de maîtrise. Les informations les plus ténues restent lisibles, la scène sonore conserve sa cohérence lorsque le message devient complexe et les deux enceintes semblent travailler avec une parfaite égalité.
L’entrée RCA n’a pas pour autant été négligée. Lorsqu’elle est utilisée, un circuit symétriseur Texas Instruments, alimenté par un rail dédié et associé à des régulateurs discrets, convertit le signal dans les meilleures conditions possibles.
150 watts pour donner de l’assise à la musique

Chaque bloc Frankie développe 150 watts sous 8 ohms en classe A/B.
Mais la différence avec l’amplificateur intégré ne se résume pas à une valeur de puissance. Elle se manifeste surtout par davantage d’aisance, une assise plus profonde et une meilleure capacité à maintenir la structure de la musique lorsque les enceintes deviennent exigeantes.
Cette évolution est particulièrement perceptible avec les Mulidine Hildegarde. Ces grandes enceintes ont besoin d’une amplification capable de préserver leur rapidité et leur richesse harmonique tout en tenant fermement le registre inférieur.
Les blocs Frankie leur apportent ce supplément de poids dans le grave qui donne aux instruments leur véritable échelle. La contrebasse gagne en matière, les percussions prennent appui dans la pièce et les grandes formations orchestrales disposent de fondations plus solides. Pourtant, le grave ne devient jamais lourd ou envahissant. Il reste articulé, mobile et parfaitement intégré au reste du spectre. Sur de l’orgue, on ressent clairement l’infragrave avec un sentiment de déplacement d’air.
Cette réserve de puissance se traduit également par une plus grande sérénité. Même lorsque le volume augmente ou que l’enregistrement devient plus dense, la restitution ne se contracte pas. Les plans sonores restent lisibles, les timbres conservent leur diversité et la dynamique paraît se déployer sans effort.
Pour autant, nous avons associé à ces enceintes des ampli allant plus loin dans ce domaine en particulier, mais aussi à des prix beaucoup plus élevés (nous y reviendrons).
Plus de poids, sans perdre l’élégance du Frankie

Par rapport à l’écoute réalisée chez Mulidine sur la route de mes retours de congés, l’amplificateur intégré Frankie laissait entrevoir déjà de belles promesses avec une restitution naturelle, libre, précise et riche en harmoniques. Immédiatement séduit par la justesse des timbres, la stabilité de la scène tridimensionnelle et la capacité de l’intégré à restituer les nuances sans coloration excessive. C’était fluide, dynamique et chantant, la musique très élégante coulait toute seule.
Bine que n’ayons pas l’intégré sous la main pour une comparaison A/B, nous retrouvons clairement cette identité familiale dans l’ensemble préamplificateur et blocs mono. Mais le passage aux éléments séparés permet d’aller plus loin : plus d’espace, davantage de profondeur, une scène mieux ancrée et surtout une autorité supérieure dans le bas du spectre.
Le caractère musical du Frankie demeure intact. Il gagne simplement en ampleur et en liberté, avec la capacité de piloter des enceintes plus ambitieuses sans renoncer à ce qui fait son charme.
Une transparence qui ne sacrifie jamais l’émotion
Le mot « transparence » est parfois utilisé pour désigner une écoute très détaillée, voire légèrement froide, dans laquelle chaque information est mise en lumière. Ce n’est pas la transparence de l’ensemble Frankie.
Ici, elle consiste plutôt à laisser passer la musique sans donner l’impression qu’elle a été disséquée. Les détails sont présents, les attaques sont précises et la scène sonore parfaitement lisible, mais tout reste intégré dans un ensemble cohérent.
La microdynamique joue un rôle essentiel. Les petites variations d’intensité, les inflexions d’une voix, la pression d’un archet ou la manière dont une note est relâchée participent pleinement à l’interprétation. L’ensemble Frankie sait préserver ces informations sans les transformer en démonstration audiophile. Finalement avec les heures qui passent, c’est une écoute très footapping. C’est transparent, mais jamais clinique, c’est doux, mais jamais endormi (comprenez sans dureté et agressivité, sans doute le mariage du tubes et des transistors). Et surtout, cet ensemble est chantant. Alors associé à ce design et cette qualité de construction, c’est du bonheur.
Quand on oublie enfin d’écouter le système

La nuit est désormais bien installée. Seules quelques lumières accompagnent encore les reflets du bois et de l’aluminium. Les blocs mono semblent avoir disparu dans la pièce, tout comme les enceintes.
La playlist prévue depuis longtemps a laissé place aux envies du moment. Un morceau en appelle un autre. On ne cherche plus à vérifier l’extension du grave, la largeur de la scène sonore ou la précision des timbres.
On écoute. C’est sans doute là que l’ensemble Serblin & Son Frankie exprime le mieux sa personnalité. Derrière son élégance italienne et une conception particulièrement rigoureuse, préamplification hybride à tubes, atténuateur à résistances commutées, alimentations séparées et véritable architecture symétrique, se trouve une électronique qui ne perd jamais de vue sa finalité.
Faire vivre la musique. Avec les Mulidine Hildegarde, les deux blocs mono apportent l’assise, la puissance et la maîtrise nécessaires aux grandes enceintes. Le préamplificateur hybride préserve quant à lui la fluidité, la respiration et la richesse harmonique qui donnent à l’écoute son caractère profondément humain.
L’ensemble Frankie ne cherche pas à impressionner quelques minutes. Il donne envie de rester.
Et lorsque l’on regarde l’heure, il est déjà bien plus tard que prévu.
Quelques jours plus tard, lors d’une écoute comparative de câbles NANL, nous avons dissocié ces éléments avec d’autres amplis et préampli (Studer, Helixir) et le résultat a été très satisfaisant avec peut être une prime au préampli qui apporte beaucoup à la restitution. bref, une très belle réussite..
Enfin, il faut dire un mot sur le tarif.
La paire de Monoblock est à 4 920€, ce qui est particulièrement compétitif. Je n’ai pas de blocs mono qui me viennent à l’esprit spontanément à lui opposer et le preampli Hubrid.net est à 3900€ (3 600€ en version lignes – 4 entrées)