
Gradient Revolution R5 : la grande sœur a tenu sa promesse
Il y a quelques mois, en terminant mon article sur la Gradient 1.4, j’écrivais que la grande sœur R5 était restée bloquée en transit et que les écoutes promettraient beaucoup. Même tête médium-aigu, mais deux boomers de 30 cm pour le grave. La promesse était là, sur le papier. Eh bien elle est arrivée lors d’un autre WE d’Écoutes Privées. . Et honnêtement, je ne m’attendais pas à ce niveau d’émotion.
La suite logique — mais pas si évidente
Quand on a aimé la 1.4 comme je l’ai aimée, on se dit que la R5, c’est juste du « plus ».
Plus grande, plus de grave, plus chère. On s’attend à une version gonflée de ce qu’on connaît déjà. Et c’est là qu’on se plante.:-)

La R5, c’est une autre enceinte. Pas une 1.4 XXL.
Certes, elle partage la même sphère médium-aigu, le même tweeter coaxial en alliage alu-magnésium développé avec SEAS en Norvège. La même signature dans le haut du spectre, cette aération que j’avais associée à des panneaux lors de mes écoutes de la 1.4 — cette chose difficile à nommer, entre transparence et légèreté. Cette sensation que l’aigu ne « pique » jamais, qu’il ne fatigue pas, qu’il est là sans s’imposer.
Mais en dessous de 200 Hz, tout change. La 1.4 avait un woofer de 22 cm orienté vers le sol, dans un demi-espace un peu comme certains subwoofesr . La R5 est équipée de deux boomers de 30 cm en dipôle ouvert, montés sur un baffle plan, qui rayonnent en forme de huit, un vers l’avant et un vers l’arrière. Et c’est cette base, chose qu’on oublie de mentionner en premier mais qui change tout dans la pratique, est orientable. On peut la faire pivoter pour trouver le point d’équilibre avec la pièce.

L’installation, ce moment où tout se joue
Avec la 1.4, la mise en place était déjà plus simple qu’avec la plupart des enceintes classiques. Avec la R5, c’est encore plus flagrant — et encore plus surprenant pour les habitués des colonnes en bass-reflex.
On place, on écoute, on pivote légèrement la base. On ré-écoute. Très rapidement, on entend la différence entre une position où le grave est gonflé et une où il est juste. Dans l’auditorium, le placement s’est imposé très facilement dès le départ, c’est l’avantage d’avoir une pièce dédiée et de faire tourner pas mal d’enceintes. Pas de fréquences parasites dans les murs, pas de bourdonnement dans les coins. Le dipôle ne cherche pas à exciter les modes de la pièce — il les contourne. Ce n’est pas de la magie, c’est de la physique bien maîtrisée. Mais à l’oreille, ça ressemble quand même un peu à de la magie. J’ai adoré cettte écoute et l’association avec le triptyque Helixir et le serveur/streamer 432EVO Aeon.
Ce que j’ai entendu — et ce que j’ai ressenti
Là où la 1.4 m’avait bluffé par sa neutralité et cette absence de « son d’enceinte », la R5 ajoute une dimension physique que je n’avais pas autant avec la petite sœur. Pas de la basse pour la basse. Pas un grave qui cherche à vous impressionner au premier coup d’oreille pour mieux décevoir après dix minutes.
Non. Un grave qui est là quand la musique en demande un, qui descend vraiment bas, qui a de la tenue, de l’articulation. Sur une contrebasse acoustique, on entend la note, pas un bourdonnement autour d’une note. Sur une grosse caisse de batterie jazz, le coup de baguette a du poids sans être flou. Sur de l’orchestre, les cordes graves ont du corps sans jamais masquer ce qui se passe au-dessus.
La scène sonore, déjà très ouverte avec la 1.4, prend encore de l’ampleur. Les enceintes disparaissent encore davantage. Et c’est ça le truc avec Gradient — on n’écoute pas les enceintes, on écoute la musique. On écoute la salle dans laquelle elle a été enregistrée. On entend l’espace entre les musiciens.
C’est mon coup de cœur enceinte de l’année. Sans hésitation.

Pourquoi ça sonne comme ça : la physique derrière l’émotion
On peut aimer une enceinte sans comprendre pourquoi elle sonne juste. Mais avec Gradient, comprendre le « pourquoi » rend l’écoute encore plus fascinante. Parce que chaque choix technique a une raison précise — et cette raison, c’est toujours la même : faire oublier la pièce.
La sphère n’est pas un caprice de designer. C’est une enceinte acoustique à résistance contrôlée. Le flux d’air qui s’échappe par les ouvertures de la sphère empêche la pression de s’accumuler à l’intérieur — le cône se déplace comme en plein air, sans les résonances parasites qu’un coffret fermé impose habituellement. Résultat : moins de coloration, plus de naturel. Et parce que la sphère diffuse un « anti-son » vers l’arrière, le rayonnement global devient cardioïde — il part essentiellement vers vous, pas vers les murs.
Le coaxial fabriqué en Norvège exclusivement pour Gradient, c’est l’autre pilier. Tweeter logé au centre du cône médium : toutes les fréquences émergent du même point, sans décalage de phase, sans disparité de positionnement. La scène sonore tient parce qu’elle part d’une source unique — et ça, aucun bidouillage de filtre ne peut l’imiter.
Les deux boomers de 30cm orientés à l’opposé et ajustable à l’envie permettent un ajustement à la pièce et de se priver de ses imperections pour obtenir un grave très propre, toujours bien défini. Sans aucune frustration en terme de profondeur malgré les 30Hz annoncés.
Et la réponse en fréquences plate dans toutes les directions, pas seulement en face, c’est ce qui explique pourquoi on peut se lever, marcher dans la pièce, et continuer à entendre quelque chose de cohérent. La plupart des enceintes sont optimisées pour un point précis — dès qu’on bouge, tout s’effondre. Gradient est conçue pour s’exprimer dans la vraie vie, pas pour une chambre anéchoïque.
Tout ça ensemble produit quelque chose de difficile à décrire avant d’avoir écouté — et d’impossible à oublier après.

La version active R5A : une tentation très sérieuse.
La R5 passive est déjà une belle enceinte. Mais Gradient propose une version active, la R5A, qui mérite qu’on s’y arrête — surtout pour ceux qui, comme nous, disposent d’un volume d’écoute un peu plus grand que le salon moyen (56m2 avec 3m sous plafond).
L’idée est simple : un module externe XO-AMP basé sur la technologie Hypex NCore pilote les deux woofers en actif, sans filtre passif entre l’ampli et les boomers. Quatre modules d’amplification indépendants, alimentations séparées par canal, ajustement du niveau de grave au trimmer sur ±10 dB. Et surtout, une sortie ligne permettrait une expérience très intéressante : pour brancher l’ampli de son choix sur le médium-aigu ( un joli ampli à lampe ou un petit classe A très musical).
Ce que ça change concrètement ? L’extension en fréquence descend jusqu’à 20 Hz. Le grave deviendrait plus physique encore., Je serai curieux d’écouter une pédale d’orgue, une contrebasse en pizzicato, une grosse caisse en plein volume… A mon avis, cela prendrait une dimension architecturale que peu d’enceintes peuvent atteindre sans caisson dédié. Un côté peut-être encore plus jouissif. J’espère que l’importateur Stefaan Strypsteen m’offrira ce plaisir un jour prochain, tant il m’a déjà gâté avec ces 2 Week-Ends de démo.
Je ne cache pas que cette version active me titille au plus au point. Vu ce que fait déjà la version passive, la combinaison d’un grave actif aussi bien contrôlé sur le papier et d’un médium-aigu de cette qualité, avec la liberté de choisir son amplification sur cette partie du spectre, c’est assurément une proposition rare sur le marché. non la curiosité n’est pas un vilain défaut en matière de hifi.
Ce que ça coûte, et pourquoi ça se justifie
Revenons à la R5 passive. Aussi incroyable que cela puisse paraître, elle est positionnée à 8 500 € la paire. Ce sont des objets fabriqués à la main, dans un atelier de passionnés, pas des produits de grande série.
Comme pour la 1.4 à 6 400 € que je trouvais déjà extrêmement bien positionnée, je ne vois pas dans cette gamme de prix d’enceintes proposant autant de liberté par rapport à la pièce, autant de cohérence de phase, et cette signature si particulière qui fait qu’on oublie qu’on écoute des enceintes.
Pour ceux qui veulent les entendre.
On reprogrammera des écoutes dédiées à la R5 dans notre auditorium. Si vous avez aimé la 1.4 lors des sessions de décembre, vous comprendrez immédiatement ce que la grande sœur apporte de plus. Si vous ne connaissez pas encore Gradient, c’est peut-être la meilleure façon de découvrir une philosophie acoustique qui n’existe nulle part ailleurs. Pour ceux qui souhaiteraient les découvrir lors d’un prochain passage dans l’auditorium, merci de nous contacter à l’aide du lien ci-après.
→ Pré-inscription aux écoutes R5
La promesse était grande. Elle a été tenue

Récompense: VU METRE « remarquable » – numéro65 – mai/juin 2026
Gradient Revolution R5 passive : 8 500 €ttc la paire, vendue avec câbles HP Speakon/bananes
13 000€ttc pour la version active R5A
Specifications
30….20000Hz
6 Ohm min 5 Ohm
88 dB/2,83V/1m
50 – 250 W
42 × 104 × 32cm
35kg/unité
Fabriqué en Finlande,